Les ponts, les crues et la seine

Sous les ponts de Paris 

Trente-sept ponts, quarante-neuf passerelles piétonnes, dix ponts pour le métro: il y a mille et une façons de traverser la Seine. C’est la tribu des Parisii, installée sur l’île de la Cité, qui inaugure la construction des ponts à Paris avec la construction du Petit Pont et du Grand Pont en 52 avant JC.  Pour passer d’une rive à l’autre, les ponts de Paris s’enchaînent sur treize kilomètres le long du fleuve. Tous différents  reflétant la mode de l’époque et variant les matériaux de construction. Le pont-Neuf est en pierre de Paris, le pont du Garigliano métallique, le pont d’Austerlitz en fonte, le pont du Carrousel en béton armé…

Leurs noms rappellent parfois de glorieuses victoires militaires, le pont de Tolbiac pour Clovis, passerelle de Solferino pour Napoléon III, pont de Bir Hakeim pour l’armée française libre…

Les quais de Seine, du pont de Sully au pont de Bir-Hakeim, en passant par le pont Alexandre III, sont d’ailleurs classés au patrimoine mondial de l’Unesco.  Parmi les plus illustres, le pont Neuf, le plus ancien, dont la construction a commencé en 1578 ; le pont Alexandre III, réalisé en vue de l’Exposition Universelle de 1900 ; le pont Marie, destiné à desservir l’île Saint-Louis au moment de son urbanisation au 17e siècle. Mais aussi le pont de l’Alma,  fréquenté par de nombreux touristes  depuis la disparition de la Princesse Diana en 1997.

Les ponts ont toujours sur faire parler d’eux. Les plus anciens se rappellent de la division Leclerc franchissant le pont d’Austerlitz le 23 août 1944 pour libérer Paris. l’emballage du pont-Neuf par Christo en 1985 ou, plus récemment, la suppression des cadenas d’amoureux sur le célèbre pont des Arts. Patrimoine exceptionnel, qui constitue un magnifique décor, de jour comme de nuit , les ponts de Paris sont à franchir sans hésitation.

 

Pont Alexandre-III  L’idée de cet ensemble, qui comprend le percement d’une grande avenue et la construction des palais des Beaux-Arts, les Grand et Petit Palais, revient à Alfred Picard(commissaire général de l’expo), qui voulut en faire l’une des œuvres majeures de l’Exposition de 1900. Il permet à la France de sortir de son isolement diplomatique, en le dédiant à Alexandre III, et de fêter son allié russe. La France avait signé avec cet empereur de Russie (1845-1894) une convention militaire en 1892.  C’est pendant sa visite à Paris en 1896, que le Tsar Nicolas II a posé la première pierre de ce pont.

Inauguré lors de l’Exposition Universelle de 1900, son architecture d’avant-garde, sa décoration baroque et sa situation géographique en font l’un des ponts les plus emblématiques de la capitale. On retrouve au milieu de sa structure les Nymphes de le Seine, portant les armes de Paris, et les nymphes de la Neva, qui portent, les armes de la Russie. Le pont Alexandre III fut également interdit à la circulation pendant plusieurs mois, reconverti pour la manifestation en rue bordée de boutiques occupées par les industries de luxe. Les frères Lumière ne résistèrent pas à l’envie de filmer la foule de visiteurs de l’Exposition Universelle, déambulant du Pont à l’esplanade des Invalides.

 

Pont des Arts La Mémoire dans la peau, le Diable s’habille en Prada, Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain… On ne compte plus les films dans lesquels le pont des Arts apparaît. Films, chansons, tableaux, poèmes…il inspire les artistes et les amoureux. Si on ne devait citer qu’un seul pont romantique à Paris, ce serait bien le pont des Arts. Jusqu’en 2016, les amoureux  y accrochaient un cadenas avec leurs initiales afin de symboliser leur amour. Cette pratique n’est plus possible aujourd’hui pour des raisons de sécurité mais le lieu garde  son romantisme. Impossible de repartir sans une photo en amoureux pour immortaliser le moment et le lieu!

Pour la petite histoire Premier pont métallique de Paris, le Pont des Arts fut commandé par Napoléon pour doter la capitale d’une technologie nouvelle. La construction du pont a duré 3 ans, entre 1801 et 1804. Les architectes  l’ont imaginé comme base d’un jardin suspendu. Comportant neuf arches et fabriqué en fonte, c’est le premier pont métallique de Paris, et dès cette époque il est baptisé du nom qu’il porte aujourd’hui : Pont des Arts, il tient en fait son nom du Palais des Arts. Sous le Premier Empire, le palais du Louvre s’appelait alors le palais des Arts. Pour emprunter le pont, les piétons devaient à l’époque pour le franchir s’acquitter d’un droit de péage de deux sous. En 1852, quelques mois avant le coup d’état de Napoléon III, le pont des Arts est modifié. Le quai Conti ayant été élargi, le nombre d’arches est ramené à sept.  Subissant les deux Guerres Mondiales, comme les autres bâtiments de la capitale, il tiens bon. C’est en 1976 que les Ponts et Chaussées tire le signal d’alarme : il est extrêmement fragile. Les deux guerres et des accidents de la navigation l’ayant sérieusement endommagé. La décision de l’interdire d’accès en 1977, ne dut pas forcément plaire à l’époque, mais s’avéra judicieuse puisqu’en 1979 le pont s’effondra sur 60 mètres à la suite d’un choc avec une barge…

Le Pont de l’Alma  Tout le monde (ou presque) connait le fameux Zouave du Pont de l’Alma, Quand l’eau de la Seine monte, les yeux des Parisiens se tournent vers le Zouave. Cette statue du Pont de l’Alma sert, depuis 1910, de mesure populaire lors des crues du fleuve. La montée des eaux de ces derniers jours ne fait pas exception. Retour sur l’histoire d’un Zouave qui devint populaire. A Paris, le Zouave du Pont de l’Alma, est dans l’imaginaire collectif parisien un moyen qui sert à jauger la Seine en cas de crue et de mesurer l’importance du phénomène. Mais ce que l’on sait moins est que ce Zouave, sculpté par Georges Diebolt, était à l’origine accompagné de trois camardes, lorsque le premier Pont de l’Alma fut construit en hommage à la guerre de Crimée, et inauguré par Napoléon III. Un grenadier, un chasseur à pied et un artilleur honoraient  la mémoire des soldats qui avaient combattu pendant la guerre, jusqu’à que le pont fut entièrement reconstruit entre 1970 et 1974.

 Pont Neuf   Comme son nom ne l’indique pas, le Pont Neuf est le plus vieux pont de Paris. Un pont qui, à l’époque de sa construction (fin 16e et début 17e), était le premier pont à traverser entièrement la Seine, le premier à être construit avec de la pierre, et, enfin, le premier à être doté d’un trottoir pour les piétons.  Autre révolution pour l’époque, ce fut aussi le premier pont sans aucune habitation. Il abritait uniquement des boutiques, lesquelles ont disparu en 1855.

 Pont de la Tournelle  Reliant la rive gauche à l’île Saint-Louis, le Pont de la Tournelle est surmonté de l’un des emblèmes les plus importants de la capitale : la statue de Sainte Geneviève, patronne de Paris. Une statue qui est l’oeuvre de Paul Landowski (le Corcovado/ Rio au Brésil), lequel n’était pas d’accord avec la ville de Paris quant à la direction donnée à Geneviève. Lui voulait la tourner vers Notre-Dame, tandis que la ville souhaitait la voir regarder vers l’Est, là où Attila et les Huns avaient contourné Paris. Il sera finalement décidé que Sainte Geneviève tournera le dos à Notre-Dame, au plus grand désespoir du sculpteur, qui boycottera l’inauguration.  le 27 août 1928.

 

 

 

La Seine en crue 

Les pluies torrentielles qui se sont abattues du 25 mai au 5 juin 2016 sur le centre et le nord de la France ont provoqué le débordement de nombreux cours d’eau, notamment dans les départements de l’Ile-de-France, l’Essonne, la Seine-et-Marne et le Loiret. Dans la nuit du 3 au 4 juin 2016, la crue de la Seine a atteint 6,1 mètres à Paris. Ce niveau est le plus important depuis 1982. Il reste néanmoins  inférieur à celui enregistré en 1910 où l’eau avait atteint 8,62 m. D’énormes dégâts matériels  recensés au cours du dernier événement pluvial. Quatre personnes ont perdu la vie et 24 autres ont également été blessées. Au total, 20 000 habitants ont été évacués et plus de 25 000 propriétés ont été touchées par ces inondations.

Le trafic routier et ferroviaire a été fortement perturbé. Des axes routiers dont  l’autoroute A10, ont été fermés  pendant plusieurs jours. Les centres économiques et commerciaux des bords de la Seine ont arrêté leurs activités. Le commerce fluvial est resté à l’arrêt. Le secteur agricole a été impacté, surtout dans le Loiret. Les grandes cultures, la production maraîchère, l’arboriculture fruitière et l’élevage sont directement affectés par ces intempéries. Les pertes économiques devraient  être élevées.

Alors que la Seine devrait atteindre plus de 6,20 mètres de hauteur ce vendredi 3 Juin, le Louvre met à l’abri ses œuvres situées dans les parties inondables du musée. Cette simulation 3D d’une inondation centennale à Paris réalisée par l’Institut d’Aménagement et d’Urbanisme  d’Île de France montre les dégâts qu’un tel scénario pourrait provoquer. Pour faire face à ce risque, la Ville de Paris met en place un système de protections qui devrait empêcher le débordement des eaux jusqu’à une hauteur de 8,62 m mesurés à l’échelle d’Austerlitz, hauteur atteinte par les eaux au moment du pic de la crue le 28 janvier 1910.

 Le tourisme est durement frappé par ces inondations. Les berges de la Seine, aménagées pour accueillir les touristes, ont été entièrement submergées par les eaux. Les restaurants avoisinants ainsi que les compagnies qui effectuent des croisières en bateaux ont arrêté leurs activités pendant plusieurs jours, en pleine saison haute. Situés aux abords de la Seine, les musées du Louvre et d’Orsay, ont été placés en état d’alerte. Ils ont fermé leurs portes au public pendant 4 jours. Les collections situées dans les zones inondables ont été déplacées vers les étages supérieurs. Totalisant 460 000  et 3 300 œuvres d’art, ces deux grands musées parisiens disposent depuis 2002 d’un plan de prévention contre le risque inondation. Le plan est déclenché dès que le niveau de la Seine atteint 5,5 m. Les deux institutions précitées n’ont pas subi de dégâts directs liés aux inondations. Elles ont toutefois enregistré un manque à gagner significatif: 1,6 million USD pour le Louvre et 226 000 USD pour le musée d’Orsay. Le 8 juin 2016, le conseil des ministres a décrété l’Etat de catastrophe naturelle pour plus de 780 communes situées dans 16 départements. Un «fonds exceptionnel de soutien» a été mis en place pour indemniser en urgence les sinistrés les plus touchés. Les inondations de 2016 devraient coûter deux fois plus que celles qui ont frappé le sud-est de la France en octobre 2015  et pourraient constituer le sinistre le plus coûteux depuis l’instauration en 1982 de la garantie catastrophes naturelles.

Ci-dessous     film des frères lumiére du pont alexandre 3    et la Seine en crue pont de l Alma en 1955